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    Livre à lire : CHALEUR DE BÊTE et froid de Canard, de Dominique LANGE

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    default Livre à lire : CHALEUR DE BÊTE et froid de Canard, de Dominique LANGE

    Message par beline le Jeu 24 Aoû 2017, 23:33

    Une vétérinaire  écrivain avec une très belle plume ; un vrai  récit bouleversant sur la vie d'un éleveur authentique , un  paysan à l'ancienne comme on en rencontre encore dans nos  villages ,espiègle , serviable et généreux ,qui aimait la vie, avant qu’on lui casse ses rêves, pris au piège par le rouleau compresseur de la machine administrative qui n'épargne que ceux qui arrivent à suivre  
    un contenu en fond et en forme d'une remarquable qualité !  respect   (pas comme ces pseudo-écrivains qui vous vantent leur livre comme des marchands de tapis et dont l'importance  incommensurable n'a d'égale que  leurs écrits fades  désespérément vides, ennuyeux au possible...on a eu récemment le cas ici, à fuir)
    http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-172967-chaleur-de-bete-et-froid-de-canard-vies-et-morts-d-une-veterinaire.htm






    https://www.facebook.com/chaleurdebete/photos/a.1795714664035402.1073741828.1795711487369053/1914276972179170/?type=3
    EXTRAIT du livre CHALEUR DE BETE , avec une pensée pour nos éleveurs ...  Maurice, ou la liberté.:
    EXTRAIT du livre CHALEUR DE BETE
    , avec une pensée pour nos éleveurs ...
    Maurice, ou la liberté.
    Au trente-troisième de mes cent jours, je suis allée chez Maurice, pour la première visite de prophylaxie.
    Maurice, une vedette. Un paysan à l’ancienne chez qui vous aimez aller vacciner, surtout si vous n’êtes pas payé à la bête. Il a toujours une blague, une pirouette, un compliment, une taquinerie, une anecdote, un copain marrant, qui font qu’on ne s’ennuie jamais chez lui.
    Cinquante-huit ans tassés, célibataire jamais durci, il a vécu avec sa mère jusqu’à l’enterrer l’an passé.
    Pourtant, grand, mince, effilé à la Don Quijote, le visage aiguisé comme un Picasso, l’œil bleu, clair et espiègle, il a dû être très beau Maurice. Mais c’est surtout les vaches qui en ont profité. Et sa mère.
    Maurice, il a les mains comme deux rochers, et l’opinel dans la poche. Il vous sert un café noir serré, comme la ceinture qui retient son pantalon usé, dans des verres Duralex, sur une toile cirée dont on ne sait plus bien si elle est rouge ou orange, si c’était des fleurs ou des oiseaux. Il vous sert le café avec du sucre, deux si vous ne dites rien, ça déborde comme son sourire. Si vous voulez un café crème, il prend la tasse, il marche jusqu’à l’étable, il s’accroupit sous sa vache Mireille et il tire un peu de lait. Il parle comme les gens de la terre, d’une voix de rocaille, avec des cailloux dans la bouche qui roulent au milieu de ses mercis, et à la fin de ses bonjours.
    Chez Maurice, même avec mes bottes crottées et ma salopette trop large, j’ai l’air d’une princesse.
    Son chien est une chienne, elle porte la même robe toute l’année, blanche et orange. Elle se lève avec lui, travaille avec lui, chasse avec lui. Après chaque longue quête, il la bouchonne, la bichonne, lui fait de bons petits plats servis près de la cheminée. Chez lui, comme il dit souvent, sa Lina, elle est « comme un petit coq dans le plâtre ».
    Maurice ne s’est pas mis à l’ensilage de maïs, ni aux cornadis en inox. Ses bêtes couchent dans une étable, pas dans un grand hangar glacial. Elles mangent de l’herbe l’été, du foin l’hiver, dans des râteliers en bois. Sa salle de traite n’est pas exactement aux normes, et il peut parfois manquer une boucle à une oreille. Mais quand on le voit travailler, on a envie de boire son lait. On a même envie d’être une vache.
    Chez lui, elles vivent heureuses et longtemps. Ce sont des vaches, pas des robots. Si elles font moins de lait, il est bien meilleur.
    Maurice, c’est un morceau d’humanité, un pont, un lien, une promesse. Sacrée.
    S’il avait eu des enfants, il leur aurait transmis ce qu’il a appris au contact de la terre. Il leur aurait enseigné à être seuls sans ennui, à se taire sans peur, à soigner cette solitude qui vous laisse un tendre intérêt pour les hommes lointains, qui vous nettoie l’esprit.
    Il leur aurait expliqué que la nature nous donne la liberté sans nous priver de racines, que la vie est une page blanche et que nous sommes là pour inventer et non pour reproduire. Il leur aurait donné sa liberté en héritage, et ce temps qui s’étire à l’infini comme un océan.
    Maurice aime la vie.
    Il aimait la vie, avant qu’on lui casse ses rêves, même les plus petits, même les rêves qui ressemblent à peine à des rêves, comme celui de voir pousser des veaux en liberté.
    Parfois, il rêve encore d’une terre qui nourrirait la planète en souriant. Des hommes, des plantes, des bêtes réconciliés, dans un monde simplifié, épaulé à la nature, où l’on travaille ensemble, en riant.
    Maurice, il rêve d’une femme aussi, d’une douce fée qui lui ouvre les bras quand il rentre des champs, d’une Dulcinée qui se penche sur sa vie triste, sur ses jours de forçat, qui le console des méchants. Il ferme les yeux et il serre son rêve avec ses grosses mains de paysan. Il rêve...
    Plutôt, il rêvait. Son rêve, on lui a violemment arraché des mains. Alors, il s’est replié d’hiver en hiver. Automne après été, il s’est recoquillé. Maintenant, il caresse ses vaches tristement. Il s’attarde auprès d’elles. Partout ailleurs, il a perdu sa confiance. A table, il parle à son chien.
    Maurice est seul. Ses difficultés, il ne veut en parler à personne. Pas le temps pour parler, la honte aussi de ne pas être à la hauteur, la peur de déranger, l’habitude de se débrouiller seul.
    Il a pourtant de vrais amis, paysans comme lui. Mais comme lui, ils sont retenus dans leur prison verte, occupés tout entiers à garder la tête hors de l’eau, à survivre, un jour après un jour, les doigts crispés sur le manche de la fourche, le froid qui pique, la démarche raidie, la douleur des heures de tracteur…
    Maurice, non, pour l’argent, ce n’est pas un bon gestionnaire. Il n’a pas l’ordinateur. Il a oublié de suivre les cours mondiaux du colza, du blé, de l’orge sur internet. Il avait fui l’école parce qu’il n’aimait pas trop les écritures et le travail de tête, il apprendrait son métier sur le terrain. Mais voilà qu’il faut remplir des papiers, enregistrer les veaux, reporter les traitements sur son carnet sanitaire, sans oublier le numéro de l’ordonnance. Sans cesse critiqué, évalué, sermonné comme un gamin, il se retrouve seul face aux gens de là-haut, petit face aux experts, qui lui parlent de normes, de traçabilité… A la moindre erreur, on le soupçonne de magouille, on lui retire les subventions, le prive de sa prime, comme un mauvais élève.
    Maurice a des dettes, de plus en plus. On lui a fait faire des investissements à tout prix. Impossible de ne pas suivre le modèle, celui des fermes géantes, des vaches robotisées. Il ne voulait pas être un assisté mais les banques ne lui ont pas laissé le choix, il a fallu investir, emprunter et le prix du lait a chuté…
    Un temps, il s’est accroché, Maurice :
    — J’ai pas fait paysan pour abandonner !
    Il faisait des heures et des heures pour s’anesthésier. Il serrait les dents sans se plaindre, c’est ce qu’on lui avait toujours enseigné. Il continuait de cultiver le blé et l’humour, le blé tendre et l’humour noir ; mais un jour, le blé a manqué, l’humour aussi. Ils auraient pu lui envoyer une assistante sociale, ils ont préféré lui envoyer un huissier.
    Son métier c’était toute sa vie. Ça l’occupait en entier. Pas de sport, pas de sortie, pas de femme, pas de voyage. Il était paysan, avant d’être un homme. Et le bonheur était trop loin, cristallisé dans les photos roussies qu’il regardait souvent :
    — Aujourd’hui, les paysans, on est mort. Avant on faisait moins de lait, on avait moins de terre, mais on vivait mieux, on était fier et on avait le temps de parler au voisin. On rigolait.
    Mais avant ne reviendra plus, en tous les cas, c’est ce que Maurice a cru.
    — J’y arrive pas, me confiait-il parfois, tout doucement, sur la pointe des mots, avec un sourire de pudeur.
    Sur son vieux buffet, les courriers entassés en disaient plus long que lui. Il ne les ouvrait plus depuis des mois. Et moi, la véto, que pouvais-je bien lui répondre ?
    — C’est pas toi qui n’y arrives pas, Maurice, c’est le monde.
    Il avait survécu à quelques naufrages, traversé les mauvais temps mais là, il avait chopé l’envie de se noyer, et il n’arrivait plus à s’en dépatouiller. Il coulait Maurice, doucement mais sûrement. A force de vivre de miettes, de s’endormir chaque soir sur le malheur, il avait perdu le chemin, celui où il marchait d’un pas libre et léger, en admirant les forêts, celui qui mène d'aujourd’hui à aujourd’hui, adossé au soleil.
    Au soixantième de mes cent jours, j’étais venue pour la seconde série de vaccins. J’ai mis mes bottes, enfilé ma salopette, et j’ai cherché Maurice en vain dans l’étable. En faisant la revue des bêtes au passage, j’ai cru l’entendre me chuchoter :
    — Regarde bien, il y a dans chaque œil de chacune de mes vaches, un peu de la lumière du paradis.
    Dans le jardin derrière, j’ai surpris un jeune hérisson qui sortait de la remise par un trou en bas de la porte. Comme un tout petit buisson d’épines qui marcherait sur des chaussons*. Il s’est faufilé dans les hautes herbes où il a disparu sans bruit. Lina s’est collée à mes bottes, elle m’a regardée avec de grands yeux noirs de bécasse.
    Je suis entrée dans la grange.
    C’est là que j’ai vu Maurice, pendu à la grosse poutre de la charpente.
    http://amzn.eu/h0V5eV0 et en librairie sur commande
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    beline



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    default Re: Livre à lire : CHALEUR DE BÊTE et froid de Canard, de Dominique LANGE

    Message par erwin le Ven 25 Aoû 2017, 12:26

    @beline a écrit:
    Spoiler:
    Une vétérinaire  écrivain avec une très belle plume ; un vrai  récit bouleversant sur la vie d'un éleveur authentique , un  paysan à l'ancienne comme on en rencontre encore dans nos  villages ,espiègle , serviable et généreux ,qui aimait la vie, avant qu’on lui casse ses rêves, pris au piège par le rouleau compresseur de la machine administrative qui n'épargne que ceux qui arrivent à suivre  
    un contenu en fond et en forme d'une remarquable  qualité !  respect   (pas comme
    ces pseudo-écrivains qui vous vantent leur livre comme des marchands de tapis et dont l'importance  incommensurable n'a d'égale que  leurs écrits fades  désespérément vides, ennuyeux au possible...
    Spoiler:

    Spoiler:
    https://www.facebook.com/chaleurdebete/photos/a.1795714664035402.1073741828.1795711487369053/1914276972179170/?type=3
    EXTRAIT du livre CHALEUR DE BETE , avec une pensée pour nos éleveurs ...  Maurice, ou la liberté.:
    EXTRAIT du livre CHALEUR DE BETE
    , avec une pensée pour nos éleveurs ...
    Maurice, ou la liberté.
    Au trente-troisième de mes cent jours, je suis allée chez Maurice, pour la première visite de prophylaxie.
    Maurice, une vedette. Un paysan à l’ancienne chez qui vous aimez aller vacciner, surtout si vous n’êtes pas payé à la bête. Il a toujours une blague, une pirouette, un compliment, une taquinerie, une anecdote, un copain marrant, qui font qu’on ne s’ennuie jamais chez lui.
    Cinquante-huit ans tassés, célibataire jamais durci, il a vécu avec sa mère jusqu’à l’enterrer l’an passé.
    Pourtant, grand, mince, effilé à la Don Quijote, le visage aiguisé comme un Picasso, l’œil bleu, clair et espiègle, il a dû être très beau Maurice. Mais c’est surtout les vaches qui en ont profité. Et sa mère.
    Maurice, il a les mains comme deux rochers, et l’opinel dans la poche. Il vous sert un café noir serré, comme la ceinture qui retient son pantalon usé, dans des verres Duralex, sur une toile cirée dont on ne sait plus bien si elle est rouge ou orange, si c’était des fleurs ou des oiseaux. Il vous sert le café avec du sucre, deux si vous ne dites rien, ça déborde comme son sourire. Si vous voulez un café crème, il prend la tasse, il marche jusqu’à l’étable, il s’accroupit sous sa vache Mireille et il tire un peu de lait. Il parle comme les gens de la terre, d’une voix de rocaille, avec des cailloux dans la bouche qui roulent au milieu de ses mercis, et à la fin de ses bonjours.
    Chez Maurice, même avec mes bottes crottées et ma salopette trop large, j’ai l’air d’une princesse.
    Son chien est une chienne, elle porte la même robe toute l’année, blanche et orange. Elle se lève avec lui, travaille avec lui, chasse avec lui. Après chaque longue quête, il la bouchonne, la bichonne, lui fait de bons petits plats servis près de la cheminée. Chez lui, comme il dit souvent, sa Lina, elle est « comme un petit coq dans le plâtre ».
    Maurice ne s’est pas mis à l’ensilage de maïs, ni aux cornadis en inox. Ses bêtes couchent dans une étable, pas dans un grand hangar glacial. Elles mangent de l’herbe l’été, du foin l’hiver, dans des râteliers en bois. Sa salle de traite n’est pas exactement aux normes, et il peut parfois manquer une boucle à une oreille. Mais quand on le voit travailler, on a envie de boire son lait. On a même envie d’être une vache.
    Chez lui, elles vivent heureuses et longtemps. Ce sont des vaches, pas des robots. Si elles font moins de lait, il est bien meilleur.
    Maurice, c’est un morceau d’humanité, un pont, un lien, une promesse. Sacrée.
    S’il avait eu des enfants, il leur aurait transmis ce qu’il a appris au contact de la terre. Il leur aurait enseigné à être seuls sans ennui, à se taire sans peur, à soigner cette solitude qui vous laisse un tendre intérêt pour les hommes lointains, qui vous nettoie l’esprit.
    Il leur aurait expliqué que la nature nous donne la liberté sans nous priver de racines, que la vie est une page blanche et que nous sommes là pour inventer et non pour reproduire. Il leur aurait donné sa liberté en héritage, et ce temps qui s’étire à l’infini comme un océan.
    Maurice aime la vie.
    Il aimait la vie, avant qu’on lui casse ses rêves, même les plus petits, même les rêves qui ressemblent à peine à des rêves, comme celui de voir pousser des veaux en liberté.
    Parfois, il rêve encore d’une terre qui nourrirait la planète en souriant. Des hommes, des plantes, des bêtes réconciliés, dans un monde simplifié, épaulé à la nature, où l’on travaille ensemble, en riant.
    Maurice, il rêve d’une femme aussi, d’une douce fée qui lui ouvre les bras quand il rentre des champs, d’une Dulcinée qui se penche sur sa vie triste, sur ses jours de forçat, qui le console des méchants. Il ferme les yeux et il serre son rêve avec ses grosses mains de paysan. Il rêve...
    Plutôt, il rêvait. Son rêve, on lui a violemment arraché des mains. Alors, il s’est replié d’hiver en hiver. Automne après été, il s’est recoquillé. Maintenant, il caresse ses vaches tristement. Il s’attarde auprès d’elles. Partout ailleurs, il a perdu sa confiance. A table, il parle à son chien.
    Maurice est seul. Ses difficultés, il ne veut en parler à personne. Pas le temps pour parler, la honte aussi de ne pas être à la hauteur, la peur de déranger, l’habitude de se débrouiller seul.
    Il a pourtant de vrais amis, paysans comme lui. Mais comme lui, ils sont retenus dans leur prison verte, occupés tout entiers à garder la tête hors de l’eau, à survivre, un jour après un jour, les doigts crispés sur le manche de la fourche, le froid qui pique, la démarche raidie, la douleur des heures de tracteur…
    Maurice, non, pour l’argent, ce n’est pas un bon gestionnaire. Il n’a pas l’ordinateur. Il a oublié de suivre les cours mondiaux du colza, du blé, de l’orge sur internet. Il avait fui l’école parce qu’il n’aimait pas trop les écritures et le travail de tête, il apprendrait son métier sur le terrain. Mais voilà qu’il faut remplir des papiers, enregistrer les veaux, reporter les traitements sur son carnet sanitaire, sans oublier le numéro de l’ordonnance. Sans cesse critiqué, évalué, sermonné comme un gamin, il se retrouve seul face aux gens de là-haut, petit face aux experts, qui lui parlent de normes, de traçabilité… A la moindre erreur, on le soupçonne de magouille, on lui retire les subventions, le prive de sa prime, comme un mauvais élève.
    Maurice a des dettes, de plus en plus. On lui a fait faire des investissements à tout prix. Impossible de ne pas suivre le modèle, celui des fermes géantes, des vaches robotisées. Il ne voulait pas être un assisté mais les banques ne lui ont pas laissé le choix, il a fallu investir, emprunter et le prix du lait a chuté…
    Un temps, il s’est accroché, Maurice :
    — J’ai pas fait paysan pour abandonner !
    Il faisait des heures et des heures pour s’anesthésier. Il serrait les dents sans se plaindre, c’est ce qu’on lui avait toujours enseigné. Il continuait de cultiver le blé et l’humour, le blé tendre et l’humour noir ; mais un jour, le blé a manqué, l’humour aussi. Ils auraient pu lui envoyer une assistante sociale, ils ont préféré lui envoyer un huissier.
    Son métier c’était toute sa vie. Ça l’occupait en entier. Pas de sport, pas de sortie, pas de femme, pas de voyage. Il était paysan, avant d’être un homme. Et le bonheur était trop loin, cristallisé dans les photos roussies qu’il regardait souvent :
    — Aujourd’hui, les paysans, on est mort. Avant on faisait moins de lait, on avait moins de terre, mais on vivait mieux, on était fier et on avait le temps de parler au voisin. On rigolait.
    Mais avant ne reviendra plus, en tous les cas, c’est ce que Maurice a cru.
    — J’y arrive pas, me confiait-il parfois, tout doucement, sur la pointe des mots, avec un sourire de pudeur.
    Sur son vieux buffet, les courriers entassés en disaient plus long que lui. Il ne les ouvrait plus depuis des mois. Et moi, la véto, que pouvais-je bien lui répondre ?
    — C’est pas toi qui n’y arrives pas, Maurice, c’est le monde.
    Il avait survécu à quelques naufrages, traversé les mauvais temps mais là, il avait chopé l’envie de se noyer, et il n’arrivait plus à s’en dépatouiller. Il coulait Maurice, doucement mais sûrement. A force de vivre de miettes, de s’endormir chaque soir sur le malheur, il avait perdu le chemin, celui où il marchait d’un pas libre et léger, en admirant les forêts, celui qui mène d'aujourd’hui à aujourd’hui, adossé au soleil.
    Au soixantième de mes cent jours, j’étais venue pour la seconde série de vaccins. J’ai mis mes bottes, enfilé ma salopette, et j’ai cherché Maurice en vain dans l’étable. En faisant la revue des bêtes au passage, j’ai cru l’entendre me chuchoter :
    — Regarde bien, il y a dans chaque œil de chacune de mes vaches, un peu de la lumière du paradis.
    Dans le jardin derrière, j’ai surpris un jeune hérisson qui sortait de la remise par un trou en bas de la porte. Comme un tout petit buisson d’épines qui marcherait sur des chaussons*. Il s’est faufilé dans les hautes herbes où il a disparu sans bruit. Lina s’est collée à mes bottes, elle m’a regardée avec de grands yeux noirs de bécasse.
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    toute ressemblance avec une personne ayant réellement existé ne serait que pure coïncidence ! ange
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    Message par einstein le Ven 25 Aoû 2017, 22:00

    HA?????
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    Message par philomène le Sam 02 Sep 2017, 13:13

    L'auteur est végane ...
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    Message par erwin le Sam 02 Sep 2017, 16:13

    @philomène a écrit:L'auteur  est végane ...

    personne n'est parfait sourire2
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    default Re: Livre à lire : CHALEUR DE BÊTE et froid de Canard, de Dominique LANGE

    Message par einstein le Sam 02 Sep 2017, 18:12

    elle a l air d être shooté
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    Message par beline le Lun 11 Sep 2017, 23:08

    hé j'ai trouvé un site où on peut lire le livre gratuitement denk mais c'est bizarre il faut s'inscrire et donner ses coordonnées de carte bancaire, suis pas habituée à ça moi, c'est une arnaque ou pas ? http://extractionlivres.club/?s=chaleur+de+b%C3%AAte+et+froide+canard
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    Message par einstein le Mer 13 Sep 2017, 20:52

    touche pas à ça,tu vas te faire avoir
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    Message par beline le Mer 13 Sep 2017, 21:18

    ouè je préfère le commander et le lire à mon aise que sur un ordi, et puis il fait plus de 200 pages et rien que la façon dont elle écrit on a envi de le lire, là je ne pense pas que ce soit une arnaque
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